De nos jours, la qualité de vie fait partie des critères prioritaires pour une destination de vacances ou pour un choix professionnel. Habitants ou touristes, de plus en plus se posent ainsi la question de la cyclabilité d’une ville. C’est à cette interrogation que tentent de répondre les classements de villes cyclables, qui paraissent régulièrement en France ou à l’étranger. La cyclabilité d’une ville peut se traduire par le nombre d’aménagements pour vélos qu’elle comporte, les kilomètres de pistes cyclables, ou le pourcentage de cyclistes qui y circule. Plutôt que de s’intéresser aux résultats, nous avons voulu en apprendre plus sur les méthodologies employées : sur quels critères les classements se basent-t-ils ? Pourquoi leur classification est-elle différente ? Peut-on vraiment si fier ?

Quelques classements des villes cyclables

Cyclabilité de Copenhague

Depuis plusieurs années déjà, l’agence danoise Copenhagenize Design Compagny, délivre un index désignant les 20 villes à l’échelle internationale les plus « bicycle-friendly ». Le dernier vient tout juste de sortir et place en tête du classement Copenhague (!), suivie de Amsterdam, puis Utrecht, une deuxième ville néerlandaise. C’est Strasbourg qui est la première ville française à figurer sur le classement, en 5ème position.

Parallèlement à cet index très connu, l’entreprise Coya, spécialisée dans la vente d’assurance pour vélo, en a aussi mis un en place. Il hiérarchise également 20 villes à travers le monde et place sur le podium Utrecht, Munster en Allemagne et Antwerp en Belgique. Strasbourg et Bordeaux arrivent respectivement 11ème et 12ème selon l’établissement.

Enfin, la FUB (Fédération des Usagers de la Bicyclette) a construit un baromètre permettant de calculer la cyclabilité des villes françaises. Peut-être pas un classement a proprement parlé, mais au moins un outil de mesure capable de poser un diagnostic. Le cas échéant, décevant dans la plupart des cas. En effet, la France a encore beaucoup d’efforts à fournir si elle veut soutenir la comparaison avec ses voisins nordiques.

De nombreux critères à prendre en compte

Comment mesurer la cyclabilité d’une ville ? Quels sont les indicateurs à retenir ? L’entreprise Coya et l’agence Copenhagenize Design Compagny font toutes les deux des choix dans les critères qu’elle utilisent. Coya intègre des données les plus en rapport avec les services qu’elle propose tels que le nombre de vols de vélo et d’accident mortels. Tandis que l’agence danoise privilégiera l’importance de la culture du cyclisme et de l’égalité des genres face à sa pratique pour son classement. Néanmoins, les méthodes adoptées par les deux entités se rejoignent sur certains points essentiels, comme le nombre d’infrastructures et le taux d’utilisation des vélos en libre services.

Remise en question de leur objectivité

Après la sortie de l’index Copenhagenize en 2017, Olivier Razemon a invité à reconsidérer sa fiabilité. En effet, il a noté l’utilisation de critères subjectifs relevant d’impressions personnelles concernant la cyclabilité des villes. Il s’est également questionné sur l’importante évolution à la baisse de la ville de Nantes, sans explication, qui a perdu 7 places par rapport au classement précédent. C’est donc ce genre d’incohérences, qui selon lui, met en péril l’exactitude du palmarès danois. Le fait également que la ville de Copenhague ressorte en  2017 et 2019 en tête d’un classement établi par une entreprise danoise dont la mission est de promouvoir le savoir-faire danois en matière de cyclabilité urbaine peut faire sourire… Mais il reste que les habitants de la capitale danoise utilisent à 62 % le vélo pour les déplacements quotidiens. Et que ses infrastructures sont réellement d’une autre dimension que partout ailleurs.

Et la cyclabilité de la France dans tout ça ?

Fédération française des usagers de la bicyclette

C’est grâce à une enquête en 26 questions, comprenant chacune une note allant de 1 à 6, que la FUB a pu réaliser la première édition d’un baromètre des villes cyclables françaises à  l’automne 2017. Une moyenne est ensuite calculée pour chacune des communes, qui ne peuvent participer au classement que si elles ont récolté les réponses d’au moins 50 individus. Le verdict s’avère décevant pour l’hexagone, qui ne possède que 21 villes au-dessus de la moyenne parmi les 316 recensées. La FUB explique que la majorité des enquêtés démontrent que les conditions de circulation en France sont insatisfaisantes. Environ 80% des répondants réclament un réseau cyclable complet et sans coupure. De plus, la nécessité d’aménager des itinéraires rapides et directs pour les vélos (les fameux Réseaux Express Vélo) revient également chez plus de 50% des cyclistes. Cependant, les villes assumant une politique cyclable tel que Strasbourg et la Rochelle obtiennent des résultats plus favorables que celles n’ayant pas porté d’efforts depuis aussi longtemps. Nul doute que la prochaine version du baromètre prévue pour la fin de cette année sera fortement attendu, tant la question du vélo a progressé partout depuis 2 ans.

Ainsi tous ces baromètres,  même si ils peuvent résulter de certains parti-pris, permettent de mettre en évidence les efforts mis en place par les différentes municipalités européennes et concourent tous à encourager les villes à s’intéresser à leur culture cyclable. Car un point reste constant : les villes s’enorgueillissent d’être reconnues comme « bike friendly » et en font une composante essentielle de la communication sur leur qualité de vie.