Mobike : application mobile vélo libre-service

L’actualité notable récente dans le monde du vélo urbain est sans doute la décision de la mairie de Paris de s’orienter vers un nouveau prestataire dans le cadre de son célèbre programme de vélo en libre-service, le Vélib, qui fête ses dix ans cette année. Un choix qui doit encore être confirmé et sur lequel nous ne nous étendrons pas, mais qui nous permet de nous pencher sur le phénomène du vélo en libre-service.

Le lancement d’un nouveau service

Né d’initiatives fructueuses pour augmenter l’usage du vélo à Vienne en Autriche, à Copenhague au Danemark mais également en France avec les fameux vélos jaunes de la Rochelle (dès 1976 tout de même), c’est véritablement en 2005 que le modèle des vélos en libre-service (VLS pour les initiés) émerge en France à Lyon, avec le déploiement massif de vélos et de stations pouvant les accueillir (2000 vélos au démarrage du service contre 350 à la Rochelle). Une initiative que suivront Paris, Montpellier, Orléans en 2007 et près d’une quarantaine d’autre villes françaises dans les années suivantes. Ce sont ainsi 48 000 VLS qui sont à ce jour déployés sur 38 agglomérations.

Carte des stations de vélos en libre-service

Blog : 10 ans de vélos en libre-service

Ce modèle, basé sur une très grande liberté d’utilisation puisqu’on peut décider de faire un aller simple en vélo et de revenir avec un autre moyen de transport ou bien de laisser un vélo à un point de la ville pour en reprendre un autre dans un quartier différent un peu plus tard, trouve rapidement le succès : sur Lyon, les trois premières années d’exploitation du Vélo’V ont permis une croissance record de 75% de l’usage du vélo urbain et depuis, le nombre de cyclistes a doublé dans la capitale des Gaules. Face au problème du vol de cycles, ces solutions permettent également une tranquillité d’esprit à l’utilisateur.

L’heure d’un premier bilan

Pour faire le bilan de 10 ans de bons et loyaux services, l’ADEME (l’Agence pour l’Environnement et la Maîtrise de l’Energie) a produit un rapport complet sur l’efficacité des VLS (Etude d’évaluation sur les services vélos, Septembre 2016). Des critères tels que le temps d’usage par vélo et par jour (taux d’utilisation du service) ou encore le temps d’usage par jour par tranche de 1000 habitants (taux de pénétration du service) ont été évalués. Sur la base de ces critères, une énorme disparité est relevée dans les 38 services hexagonaux, avec pour certaines villes une très faible utilisation du service doublée d’une faible pénétration du marché (Clermont-Ferrand, Amiens, Dijon par exemple) et pour d’autres une très forte utilisation du service accompagnée d’une forte pénétration du marché (sans surprise, on retrouve les plus grandes villes françaises, Paris et Lyon en tête). Pour expliciter ces disparités, l’ADEME s’est penchée sur les caractéristiques du réseau déployé :

  • surface couverte par le service,
  • nombre et tailles des stations,
  • nombre de vélos

Cette caractérisation permet de trouver la meilleure optimisation entre investissement et fréquentation, et ainsi maximiser l’efficience du service : une surface couverte trop faible couplée à une densité de stations faible également conduit à une fréquentation faible. En conclusion, pour garantir le succès d’un système de VLS, il semble nécessaire que l’agglomération présente une densité de population suffisante (évaluée à 7000 hab/km² par l’ADEME).

Si tous les professionnels sont d’accord pour dire que les vélos en libre-service ont permis un renouveau dans l’usage du vélo au quotidien et un désengorgement des villes où ils sont déployés, le système n’est pas sans soulever quelques critiques. Outre la grogne des usagers qui se plaignent de la qualité et de l’entretien de ces vélos, les réserves viennent parfois des élus eux-mêmes quant au coût du dispositif. Car si les abonnements sont souvent proposés pour un prix raisonnable pour les usagers, ils sont loin de représenter le coût réel du service : la même étude de l’ADEME mentionne ainsi un coût d’amortissement et d’exploitation de 2100 à 2500 €/vélo/an. Un coût qui semble en outre augmenter à chaque vélo ajouté, à chaque station et lors des renouvellements de contrat. Certaines villes, comme Valence ou Pau, pour qui le coût comparé au service réellement rendu est insoutenable, ont ainsi fait machine arrière et démantelé leur réseau après quelques années d’exploitation.

Pour les non-cyclistes, c’est le comportement de certains utilisateurs qui pose problème. Pour ces détracteurs, les usagers des vélos en libre-service sont souvent des utilisateurs peu formés et sensibilisés au respect du code de la route et plus susceptibles de conduite dangereuse et risquée. Une réalité en demi-teinte dans la mesure où si, en effet, le nombre d’accidents bruts à vélo a augmenté depuis l’ouverture des réseaux de VLS dans certaines villes, il faut le corréler avec le nombre de nouveaux vélos en circulation : le taux d’accident impliquant les vélos reste stable quand on le ramène à la fréquence d’usage.

Vélo libre-service ou VSL à Toulouse

De nombreux autres modèles testés et beaucoup d’autres à venir

Mais le modèle de vélo en libre-service présent dans nos agglomérations n’est pas le seul service vélo existant, bien au contraire ! D’autres propositions existent en France et dans le monde et répondent aux problèmes soulevés par les systèmes de VLS. La première solution est presque la plus simple : le prêt longue durée. En plus de proposer en location un vélo pour une demi-heure ou une heure, la localité met à disposition un vélo pour une durée plus longue, de la journée à l’année, comme à Grenoble ou Strasbourg par exemple. Le locataire dispose dès lors de son vélo pour la durée de la location et de la charge de l’entretien. Une solution plus économique que le VLS pour la collectivité, qui gère au quotidien le service via des points d’accueil et de réparation, mais qui permet néanmoins de promouvoir la petite reine en facilitant l’accès de tous à un vélo.

Avec le développement du numérique, les services se diversifient : on peut par exemple citer les nombreuses initiatives de vélos en libre-service… sans borne !

Le service MobBike en Chine fonctionne sur le même système que les VTC pour les voitures. Une application vous géolocalise et vous trouve un vélo en libre-service de la compagnie dans les environs. Il est même possible de réserver un vélo jusqu’à 15 minutes à l’avance. Une fois sur place, il suffit de prendre le vélo, déverrouiller le cadenas intégré au vélo grâce à un code unique fourni par l’application et d’aller jusqu’à destination. Une fois arrivé, indiquez la nouvelle position de votre vélo sur l’application et le voilà disponible pour un nouvel utilisateur !

Rangée de vélo libre-service - VSL

Aux Etats-Unis, le service Sobi propose les mêmes fonctionnalités de partage sans borne mais offre en plus à l’utilisateur des données chiffrées sur son trajet : calories brûlées, distance, temps et argent économisé et propose en plus de les partager sur les réseaux sociaux !

Des initiatives intéressantes et innovantes qui sont cependant limitées par leur propre concept. L’idée de prendre sans contrainte et sans limite un vélo pour des courts trajets rend les utilisateurs plus dépendants les uns des autres et les incitent à limiter leurs déplacements à une zone de confort dans laquelle ils apprennent, par expérience, qu’il sera plus facile de trouver un vélo que dans un autre quartier de la ville. Des limitations au final contraire à l’idée même du déplacement vélo.

Critiqués ou appréciés, les vélos en libre-service n’ont pas fini d’évoluer et d’innover pour le dynamisme du vélo dans nos villes. Ils offrent une nouvelle vision du vélo aux décideurs et urbanistes qui se retrouvent dès lors dans l’obligation d’intégrer encore plus le cycle dans leur vision de la ville du futur. Ecologique, bon pour la santé, permettant des déplacements plus rapides et plus longs avec l’émergence et la démocratisation du Vélo à Assistance Electrique, le vélo est devenu sans conteste un des acteurs majeurs de la ville du futur.  Et vous, quelle est votre vision du vélo en libre-service ?

Notre petit coup de cœur chez AddBike, on le trouve près de chez nous, en Belgique, dans la municipalité de Gand depuis quelques années (et bientôt à Grenoble chez Metrovélo) : en plus de mettre à disposition des vélos urbains « classiques », ce sont des vélos-cargo qui sont proposés en location, permettant à tous de transporter bien plus qu’un simple sac dans le traditionnel panier avant. L’occasion de découvrir et tester en situation réelle un nouveau moyen de transport au quotidien avant de l’adopter définitivement. Bientôt des AddBike dans le cadre de ces offres ?